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Cristiano Ronaldo à Manchester United, le retour du fils prodigue

Publié le

par Tidiany M'Bo

© AtilaTheHun from Manchester, England, CC BY 2.0

Comme une flamme que le temps n’a pas su éteindre, l’idylle entre les Red Devils et le Portugais entame un nouveau chapitre.

Cristiano Ronaldo est à nouveau un joueur de Manchester United, 18 ans après avoir posé une première fois ses valises dans le nord de l’Angleterre. La nouvelle est tombée quelques jours avant la fermeture du mercato, au terme d’une intrigue qui s’est nouée puis décantée en quelques heures, non sans avoir généré un bel ascenseur émotionnel chez les supporters mancuniens.

Le mirage City

L’histoire du foot tient parfois en quelques détails. Mais à Manchester, la couleur du maillot n’en est pas un. Entre l’annonce de son départ de Turin, qu’il quitte après trois saisons, 134 matches et 101 buts, et le tweet d’officialisation de son retour à United, Ronaldo s’est virtuellement paré de bleu ciel, l’espace de quelques heures.

Manchester City comme potentiel point de chute, une option si concrète que même Pep Guardiola s’est autorisé à l’envisager. "Ce type de joueurs décide. Ils frappent à la porte, ils appellent, et après il y a des situations que je ne peux pas contrôler", avait répondu le Catalan lorsqu’il fut interrogé sur le sujet, quelques heures avant que Ronaldo n’opte finalement pour MU.

Le futur livrera les petits détails de ces 48 heures où tout s’est joué. Mais la façon dont l’état-major des Red Devils s’est mis en branle-bas de combat trahit un enjeu qui n’était pas seulement sportif. "Ferguson aurait détesté voir Cristiano dans un maillot de Man City", a très vite lâché Rio Ferdinand, reconnaissant ensuite avoir directement interpellé Ronaldo suite à la rumeur. "Je l’ai appelé tout de suite. Je lui ai demandé : 'Qu’est-ce qui se passe ? Dis-moi que tu mens ! S’il te plaît, dis-moi que tu n’y vas pas.'"

Le poids des anciens pèse lourd dans la force institutionnelle d’un club. Et celui de Sir Alex Ferguson a compté dans le choix de Ronaldo, qui en a lui-même fait l’aveu lors de sa première interview sur le site du club : "C’est comme un père de football pour moi. Je l’aime vraiment beaucoup et il a été la principale clé dans ma signature à Manchester United."

Mariage de cœur… et de raison

Du happy end au drame, du statut d’enfant chéri à celui de traître, il y a donc un pas que CR7 ne s’est pas hasardé à franchir. Le Portugais a bien conscience que l’Histoire avec un grand H s’écrit, aussi, à travers les récits populaires. Ceux que se racontent les supporters au pub, ou au cours d’une discussion inopinée dans les travées du stade. Ceux que les pères de famille transmettent à leurs enfants.

Ces anecdotes générationnelles, Ronaldo y a souvent tenu le mauvais rôle. Celui du gamin impétueux, celui de l’égoïste, celui de l’égocentrique qui ne pense qu’à ses buts et ses records. Or, sa place dans l’Histoire du foot, Cristiano y tient probablement plus que quiconque, en témoigne encore, dernièrement, ce record de buts inscrits en sélection jusqu’ici détenu par l’Iranien Ali Daei (109 buts).

Le choix de United, c’est une preuve que Ronaldo sait désormais faire la part des choses entre son accomplissement personnel et la trace qu’il pourra laisser dans le souvenir collectif. Alors quelle meilleure équation qu’un retour au bercail, pour pouvoir continuer à jouer sportivement les premiers rôles, tout en y alliant la beauté du récit ?

Revenir à United, c’est un choix du cœur mais aussi de la raison. C’est allier sa soif de trophées, intacte malgré ses 36 ans, à la beauté du storytelling. C’est finir l’histoire là où (presque) tout a commencé. Voilà, en substance, le tableau qu’on aime dresser lors des come-back.

LeBron James, Michael Jordan. Didier Drogba, Fernando Torres, Thierry Henry. Dans le foot ou ailleurs, le retour d’une ancienne gloire suscite un sentiment particulier. Presque unique. Mélange de nostalgie, de fierté, d’espoir. D’excitation, de reconnaissance. Avec la perspective, souvent vaine, de remettre au goût du jour les sentiments heureux du passé. Car la première fois n’est jamais totalement identique à la première, nous le savons.

Parti il y a treize ans pour conquérir le monde, Ronaldo était revenu par deux fois, avec le Real Madrid (lors d’un 8e de finale retour de Ligue des champions en 2013) puis avec la Juventus (à l’occasion d’un match de poule en 2018). Cette fois, c’est bien avec un maillot rouge que l’enfant prodigue va de nouveau fouler la pelouse du théâtre des rêves.

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